Panthère noire

dans Galaxies N°44

L'Extrait

Panthère Noire avait pris un scalp et il fuyait les Sharkas de la Montagne Brumeuse. S'il était tué, il continuerait d'exister dans le Rêve de Dieu et reviendrait finalement dans le nouveau corps de son choix. Fait prisonnier, il saurait montrer sa bravoure en se taisant sous la torture, une fois lié au poteau votif pour la Fête du Sang.

Panthère Noire avait vengé Petit Loup, son amant, jeune garçon comme lui : tout le monde était jeune dans le Rêve de Dieu, car l'Eau assurait la jouvence éternelle. Les Animaux, tous intelligents, s'entre-dévoraient comme les Humains et les Sharkas. Si possible, les Humains et les Sharkas tuaient comme sous une caresse... Les captifs, mâles ou femelles, étaient systématiquement suppliciés. C'était une épreuve, une compétition, une représentation dramatique, un spectacle tragique. La victime devait rester impassible jusqu'à son dernier souffle, elle devait garder le silence ou insulter ses bourreaux, les menacer de la vengeance des siens. La souffrance, comme le plaisir, nourrissait Dieu. Dieu continuerait à rêver ainsi ce monde jusqu'à ce qu'Il S'ennuie et Se réincarne. « Le Monde est le Miroir de Dieu, disaient les prêtres, et nous sommes Ses Reflets. »

Panthère Noire s'était parfois demandé pourquoi le sang coulait si souvent, mais Dieu aimait le sang et les prêtres disaient aussi : « La Vie mange la Vie. »

(à suivre )


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Dieu est Mon miroir

dans Galaxies N°56

L'Extrait

Dace avait fui la haine et la violence programmée, la culture mercantile et ses vedettes musclées, la dictature de l’argent, le culte du sexe et du biceps… Il s’était engagé au service de l’ordre Missionnaire des Manteaux Noirs pour servir sur Rupert, qui n’était alors pas encore devenu ce monde surpeuplé où des ethnies, savamment manipulées, s’exterminaient sans égard pour les vœux pieux et les vertueuses remontrances. Les Rouges et les Sharkas, descendants de criminels exilés jadis par deux empires interstellaires, vivaient dans une harmonie tolérante, sous la conduite de Juges qui arbitraient les conflits et ne pouvaient posséder de biens personnels. L’air était pur et ne coûtait rien, on pouvait boire l’eau des rivières et s’y baigner et même, du moins au début, on faisait l’amour sans crainte de pécher ni de mourir lentement de la Maladie.

Mais Dieu manquait sur Rupert, selon les Missionnaires, ainsi que l’angoisse du salut. L’Âme Universelle se nourrissait de rêves, elle exauçait en songes matérialisés et animés tous les vœux des esprits désincarnés. Les Rouges, humanoïdes imberbes d’abord accueillants, devinrent peu à peu hostiles aux colons. Quant aux méfiants Sharkas, humanoïdes eux aussi, au visage triangulaire et au corps élancé sous un fin pelage jaune ou brun, ils étaient avides de connaissances nouvelles, qu’ils dérobaient sans se livrer. Sharka, le nom de leur espèce, signifiait Mouvant et ils ne suivaient que trois lois : comprendre, s’adapter, vivre…

(à suivre )

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